jeudi 1 août 2013

Journal de bord du captain (fin juillet)

Mercredi 17 juillet : tyrrel bay-saline island (CARRIACOU): 6 milles

Saline Island se mérite; il faut remonter à l’est de l’ïle, contre vent et courants. Et du courant, il y en a. Seuls au mouillage.

Jeudi 18 juillet : saline island (carriacou) – St Georges (Grenade) : 40 miles

15 noeuds de vent d’Est, on penserait que les 40 milles jusqu’à Grenade vont être une ballade de santé. En fait, mer démontée jusqu’à l’île ronde, obligeant même à mettre le moteur pour essayer de stabiliser le bateau. C’est peut-être le passage au dessus de Kick’em Jenny, volcan sous marin actif et future nouvelle île des caraïbes. Après l’île ronde, conditions très agréables. Des globicéphales viennent tourner autour de l’étrave.

Au ponton à la marina Port Louis. Le luxe. Laverie, restaurants, douches, magasins, piscine, connexion internet à 400Mbp…
Vendredi , visite de l’île : plantation de cacao, descente de rivière.
Rencontre avec un famille de français à la marina. Ils ont loué un catamaran  moins de 3 semaines en Martinique et se rendent…aux Testigos ! Je jubile car il m’est difficile de convaincre toute la famille de pousser jusqu’à cet archipel alors que nous avons encore un mois devant nous .
Samedi , visite de la ville et de son marché. Pendant ce temps, les enfants “socialisent” à la piscine qui est un peu devenue leur piscine. Il fait 33 degrés à l’ombre.

Pour les infos pratiques : 112 EC$ par nuit pour un monocoque de 12 m. eau et électricité en sus.La wifi est asthmatique mais on peut demander un raccordement par câble en laissant une caution de 500 EC et là ça débite. On peut téléphoner via skype.

Dimanche 21 juillet : St Georges – Hog Island : 11 milles

L’arrivée à Grenade est un aboutissement pour les plaisanciers qui croisent dans les Antilles. Grenade est sous le 12ème parallèle, donc en théorie à l’abri des cyclones. (même si Yvan, en 2004 a tout ravagé. Bateaux empilés les uns sur les autres, maisons envolées, plus de trente morts. Yvan est présent dans toute conversation avec un Grenadien.)

Le coût de la vie est très raisonnable, la criminalité faible. Plus loin, c’est Trinidad ou le Venezuela. Donc l’insécurité et son cortège d’histoires d’agressions racontées sur les pontons.

Une majorité va donc s’arrêter là. Certains laissent leur bateau à l’ancre au fond de la mangrove, avec ou sans surveillance, d’autres les confient à une marina, dans l’eau ou au sec, d’autres enfin vivent dessus pendant les trois mois de la saison cyclonique, se déplaçant d”une baie à l’autre du sud de Grenade. A partir de novembre ou décembre une nouvelle migration vers le nord débute.

Les mâts de la flotte de plaisance des Antilles hérissent chaque baie du Sud de Grenade. Nous renonçons à mouiller sous  le vent de Hog island. Vraiment trop de mâts. Nous mouillons au vent, protégés par l’île de Calivigny. Là, nous ne sommes que trois bateaux. La flotte des Antilles est là mais on pourrait encore en mettre dix fois plus.
Les havres naturels de Grenade sont étonnants. Les baies sont tellement vastes, s’enfonçant dans la terre comme des fjords, protégées par des barrières de corail, avec des fonds de vase sous 5 à 10 mètres d’eau ventousant parfaitement les ancres. On ne peut guère rêver mieux.

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Nous traversons Hog Island, curieux d’aller jeter un coup d’œil au Rodgers bar. Joyeux mélange de marins de tout poil, essentiellement anglophones. Familles nombreuses, globe trotter,  alcooliques convaincus. Le nombre de cannettes vides est impressionnant.

Nouvelles de Jacques et sa famille; ils sont arrivés aux Testigos. Douaniers n’ont donné le droit de rester que 3 jours. Il va falloir partir vite si on veut les voir.

Lundi 22 juillet

Hog Island(grenade) – Marina “Le phare bleu”- Prickly bay - départ pour les testigos : 95 milles
Vent Est – Nord Est  15 puis plus de 20 noeuds

Mer croisée, vent arrière pile dans l’axe. Nous sommes à nouveau dans le shaker. C’est juste un shaker différent du shaker au près. Pas question de lâcher les deux mains, c’est le KO assuré. Je vais me faire une réputation de râleur perpétuel, pire que le capitaine Haddock.

Et pour être franc, nous connaissons la grâce pendant deux heures : le bateau qui surfe sur la houle, les voiles bien gonflées, pratiquement pas de bruit. Nous pouvons raconter aux enfants avec des accents d’anciens combattants : La traversée de l’Atlantique, c’est ça, une longue glissade. Ou alors ce sont nos souvenirs qui embellissent.

C’est au moins un shaker qui avance. J’ai enroulé le foc qui battait, laissé uniquement la grand voile avec une retenue de baume qui l’empêche de se balader dans les déventes, quand le bateau accélère sur les vagues. Sous grand voile seule, 4,5 noeuds de vitesse surface, mais presque 7 noeuds de vitesse sur le fond. Nous sommes sur un tapis roulant qui se déverse à 2,5 noeuds, le courant équatorial. C’est parfait pour l’instant mais ça me donne des sueurs froides pour le retour.

Au petit matin, les îles sont là. Il faut bien viser car sur notre tapis roulant, nous avançons en crabe. Nous jetons l’ancre à côté du catamaran de Jacques, Mathilde et leurs enfants.

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