vendredi 2 août 2013

Journal de bord du captain–Los Testigos

mardi 23 juillet testigos grande testigos pequena : 2 milles

Debriefing par Jacques, arrivé depuis 2 jours. Douaniers pas très fun. Arme en bandoulière, ont examiné ses papiers pendant deux heures , un seul leitmotiv : three days, le temps qu’ils ont le droit de rester.
Ici petite précision géographique : Los Testigos (les témoins, en espagnol) est un minuscule archipel Vénézuélien. Il faut donc faire son entrée au Venezuela avant de pouvoir y séjourner. Aller jusqu’à Marguarita, 50 milles à l’ouest  puis revenir contre vents et courants. Difficile. Les bateaux s’arrêtent donc “en passant” et sont tolérés 3 jours avant de faire leur entrée en règle et de poursuivre vers l’ouest, vers Blanquilla, Los Roques, les îles ABC et le canal de Panama. Aller jeter un coup d’oeil aux Testigos et revenir vers les Antilles, c’est une idée saugrenue. Ironie du sort, c’est l’idée des deux seuls voiliers présents aux Testigos ce jour là.

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Je me prépare à affronter les douaniers en mettant toutes les chances de notre côté. Le bateau est mouillé juste devant la guardia costa, ile de La Iguana. Pavillon de courtoisie Vénézuélien à tribord. Je descends seul à terre. Clearance de sortie de Grenade pour le prochain port, Marguarita (hi hi). En moins de dix minutes un jeune douanier sympa remplit un papier et me rend ma liberté. Bonne surprise. Soulagé, j’invite deux enfants rencontrés sur la jetée, André et Miguel, à venir prendre l’apéritif sur le bateau. Nous travaillons notre Espagnol.

IMG_0547Nous partons mouiller devant playa real à Testigo pequena.
Marius kite, Gaston et Hector jouent avec Gaspard et Victor, Sarah lit. Jacques et Mathilde, leurs parents ramassent du bois avec nous pour préparer le barbecue du soir.
Au menu, darnes de thon pêché juste en arrivant. (colère de Pat quand elle nous affalons les voiles à la volée pour remonter le poisson alors qu’elle se voyait déjà à l’abri de l’ile).

A l’apéro, cordon rouge offert par nos amis pour fêter arrivée et retrouvailles aux Testigos. Pourquoi étions nous tant attirés par ces iles ? Peu importe.

Mercredi 24 juillet

Jeux de plage et pêche bredouille, la journée passe vite. Nous abordons des pêcheurs sur leur lancha. 5 dollars les deux kilos de poisson. Pas la peine de sortir les traines.
Apéritif sur le bateau des copains pour fêter leur départ, le lendemain. Le temps passe vite.IMG_0546IMG_0548

Jeudi 25 juillet

Nous voici seuls sur l’archipel. Retour à Testigo grande après être passés récupérer une météo à  La Iguana. On capte de façon improbable et aléatoire la Wifi des guardia costas. La dépression tropicale Dorian va passer au Nord et nous amènera un calme temporaire dimanche.

Ascension du sommet en pleine chaleur. Jambes et mains agressées par les cactus.Vue magnifique,  vent à décorner les bœufs, petite pensée pour les copains qui luttent contre.

En fin d’après midi, exploration d’une dune repérée lors de l’atterrissage et baignade dans les grosses vagues au vent de l’ile. Au retour, contrôle par la guardia costa. Chef en uniforme, holster à la cuisse. Probablement l’homme de l’ami Jacques. D’autant plus que ce qui l’intéresse, c’est notre date de départ. Je leur explique que c’est le Senor Agostas qui a fait notre entrée. Le Senor ayant à peine vingt ans, ça fait marrer tous les soldats et le chef décide de nous laisser tranquilles.

Vendredi 26 juillet

Séance de devoirs pour les enfants, séance de mécanique pour moi. Je redémonte le système de refroidissement. Interrompu par une grosse vedette grise à quelques mètres de la poupe. Encore la guardia costa, cette fois sur une grosse canonnière. Photographiant sous tous les angles. Mitraillette en bandoulière. L’annexe remontée à l’arrière masque le nom du bateau devenu anonyme. Solo ? Ils pensent être tombé sur un prince du narcotrafic. Je descends l’annexe et fais vite sortir la famille. La sortie cadencée des trois nains ramène les sourires. Les enfants, ravis de cette récréation, comptent les  mitrailleuses sur tourelles. Nous nous séparons bons amis.

Nouvelle expédition sur la dune avec kite, surf et bodyboard.

Plage immense pour nous seuls et les tortues. Mais horaires décalés; elles viennent la nuit, nous le jour. Si nous étions courageux, nous viendrions leur dire bonjour la nuit.
Plage partagée aussi avec divers détritus. Tongues, bidons d’huile, cannettes. C’est sans doute le prix à payer pour un tourisme hors des sentiers battus. Où l’écologie dirigiste passe, le tourisme aseptisé s’installe; ou vice versa.

Samedi 27 juillet

Au réveil, Condor, le catamaran de Geoffrey et Isabelle se glisse dans notre abri sous isla Langoletta. C’est une bonne nouvelle. Nous étions en contact par mail mais nous n’étions pas surs de les revoir avant notre départ.
Aller retour à La Iguana chez nos amis les douaniers. J’accompagne Geoffrey comme traducteur.
geoffray garde son calmePas de chance, il tombe sur le senor Ayala, le chef, treillis noir à épaulettes, armé, mine revêche. Epluche les papiers trois quarts d’heure. Leitmotiv : tres dias; three days. Me prend également entre quatre yeux, moi, la ventouse des Testigos. Désolé chef, je ne savais pas qu’on avait droit qu’à trois jours. Nous ne désarmons pas et à force de sourires,de courbettes, de senor sollicito de su authoridad la authorizacion, pour rester avec nos copains qui viennent d’arriver, nous obtenons une semaine et un sourire. De joie, je leur promets une bouteille de rhum. En plus, le vent s’est enfin calmé.

Nous fêtons nos retrouvailles au seul restaurant de l’île, La Casa Verde. Deux tables en tout. Darnes de tazar et poulet pour les petits. Le patron est allé plusieurs fois en France. Surréaliste. Les habitants semblent tous avoir des amis Francais. La conversation s’engage sur le problème des pirates. Il déconseille fortement à nos amis qui vont continuer vers l’ouest de s’approcher de la côte. Pas très rassurant.

Avant de rentrer au bateau, je négocie avec les pêcheurs un embarquement pour aller relever les lignes de fond avec eux. Rendez vous à 6 heures.

Dimanche 28 juillet
testogo grande – testigo pequena 2 milles

Belle partie de pêche; nous ramenons deux requins marteaux. Partie de foot sur la plage , quelques bières glacées avec les pêcheurs. En début d’après midi nous repartons pour la belle playa real. Petit stop chez les douaniers pàour leur offrir le rhum promis et récupérer une météo. L’un d’eux me demande sans vergogne de lui remettre ma pochette étanche de téléphone qui lui plait bien sous le regard indifférent de son chef. Je refuse gentiment.

IMG_0553Le temps d’aller à Testigo pequena et nous les retrouvons, en train d’inspecter Condor. Geoffray n’avait pas déclaré son fusil sous marin. Il s’en tire avec 25 dollars US et une bouteille de rhum.

Le soir, barbecue sur la plage. Nos amis ont acheté une énorme dorade coryphène sur une lancha.

 

 

Lundi 29 juillet

IMG_2364Dernier jour aux testigos et spectacle insolite. Un “rallye” de vingt vedettes à moteur a débarqué dans l’archipel. Ils sont partis du delta de l’Orenoque et se balladent en bande àpendant deux semaines.  C’est le Venezuela de la fête qui envahi ces iles paisibles. Groupe électrogène sur la plage, musique à fond les manettes, minettes à string et fortes poitrines qui_ dansent la samba, mecs à forts abdomens s’enfilant verre sur verre. Le frere du président de conseil en est nous confie un des joyeux fêtards. Bruyant et bon enfant. Sous l’œil intrigué des pêcheurs. Quelques heures plus tard, l’ile a retrouvé son calme.

Visite au “village” de testigo pequena (5 maisons). Mon intention est d’acheter de l’essence. Les pêcheurs m’ont appris qu’ 1 dollar s'échange contre 30 bolivars au marché noir. Et que pour un bolivar, on a 12 litres d’essence. Je tombe sur Rogès (orthographe à vérifier, entre José et roger) qui parle un français fluide. C’est le fils de chinchin, figure des Testigos évoquée sur les blogs qui ont alimenté l’imaginaire testiguien des trois capitaines Français. Lequel Chinchin est actuellement à Marguarita.

Rogès m’emmène sur sa lancha où il siphonne soixante litres de diesel. Ca nous laisse le temps de visiter son bateau, bien conçu pour la pêche avec sa glacière qui reste fraiche un mois, son vivier à sardines pour appâter. Il a quatre enfants qui vivent dans la grande ville côtière avec sa femme et sont tous à l’université. Son fils ainé est pilote de racers. Rogès revient de 3 semaines de vacances en Martinique avec des amis Français. Pour y aller, il embarque tout simplement sur une lancha qui fait la liaison toutes les semaines pour aller vendre du poisson là bas, des langoustes pendant la saison. 28 heures de navigation en ligne droite. Toutes les langoustes mangées en Martinique viennent des Testigos m’affirme t’il.

L’année dernière, il s’est fait braquer dans un port, sur la côte vénézuélienne. Un pistolet sur la tempe, il a donné tout ce qu’il avait dans le bateau. Mais son fils avait reconnu un des pirates et il a pu tout récupérer.

Au moment de nous séparer pas moyen de le payer. Je lui offre du vin Français et quelques cookies, c’est un minimum.

Soirée d’adieu à bord de Condor. Cette fois, nous ne savons pas quand nous reverrons Isabelle Geoffray et les petites Louna et Zya.

Mardi 30 juillet
Testigos – union island : 130 milles

Départ tous feux et instruments éteints à 5 h 30. Je ne souhaite pas que la guardia costia nous repère partant vers l’Est alors que nous avons affirmé aller à Marguarita.
Premières heures plutôt déprimantes. Les iles semblent collées à notre tableau arrière; pas moyen de s’en éloigner. Heureusement,les vagues et le vent ne sont pas trop forts. Suffisants pour faire tomber notre vitesse à moins de deux nœuds parfois. Il faut absolument s’occuper et ne pas regarder la position gps du bateau sur la carte. Et puis, progressivement, comme prévu par windguru, la mer se tasse. Sous le vent de Grenade vers minuit , cela devient très confortable. Vers 5 heures, le vent adonne et nous pouvons faire route vers Cariacou et Union sous voile. Les enfants se lèvent reposés; comme pour les quarts de vaisselle, ils ont bien compris que le mieux pour les quarts de nav était de faire semblant d’ignorer leur existence.

Mercredi 31 juillet
Union Island

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Brève escale à petite Martinique où nous avons nos habitudes pour l’avitaillement en eau et carburant. Puis mouillage à Clifton, au sud est de Union. C’est un village que nous avions apprécié à l’aller mais nous avions du lever l’ancre à cause de l’arrivée de la tempête Chantal.
Visite des magasins pour les enfants, petit tour de vélo pour moi.

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Jeudi 1er aout

Le voyage s’essouffle, nous sommes maintenant sur le retour; il fallait que je trouve un divertissement pour toute la famille. J’ai donc décidé de m’éclater la tête. Ou peut être “chronique d’un accident annoncé”. Je ne mettais plus le casque mais par contre je gardais un leash de planche. Par flemme. Quand on perd sa planche, on tire sur cette ficelle et ça la ramène. Interdit quand on fait des sauts parce que l’effet boomerang peut être terrible. Mais je ne voulais pas faire des sauts. Je voulais juste naviguer tranquillement. Mais à force de voir Marius passer des “back loops” comme moi j’ouvre une cannette, j’ai essayé. Il est énervant parfois ce gamin. Et bref sur une magnifique envolée, je crois que j’avais presque réussi la boucle complète, ma planche m’est revenue directement dans le front. Ma bonne étoile a encore joué, j’étais en face de la plage. Je saignais comme un cochon, je ne voyais plus de l’oeil gauche et ce que je voyais de l’oeil droit tournait comme un back loop. Il était temps de regagner la terre ferme. J’ai atterri mon aile tant bien que mal. En me lavant l’oeil, ma vision est revenue, c’était juste le sang qui faisait un rideau en coulant devant. J’ai appelé Marius, il a atterri et est parti chercher l’annexe au bateau en répétant “oh mais papa!” comme une lithanie. Genre “tu ne pourrais pas arrêter de faire l’andouille”.
Je me reposais sous un cocotier. Un rasta sympa qui avait vu que quelque chose n’allait pas est venu me faire la conversation. Halloween ( son nom)  a commencé par des “ho man! that’s deep”, “oh man ! that’s hudge”, “ho man you need to do something, go to the hospital”.
Je l’ai rassuré et j’ai ainsi appris qu’il était marié à une Française qui venait deux fois par an a Union pendant un mois, qu’il aimait bien Paris, la butte Montmartre, mais pas les policiers qui s’en prenaient à lui dès qu’une sirène se déclenchait dans le secteur. Il était tellement gentil que je n’osais pas lui dire que j’avais un satané mal de crâne.
Ensuite, Pat et Marius m’ont récupéré et j’ai pu distraire toute la famille qui a oublié que le voyage s’essoufflait.

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